30 mars 2026 (Lundi)
Café still life. Il ne tient debout que parce qu’il est bancal, et ce n’est pas le moindre de ses paradoxes.
D’ailleurs, il n’y a qu’à voir comment le changement d’heure a décimé la brasserie ce matin ! Visiblement personne n’a réussi à se lever ! Ou alors tout le monde a gagné au loto ! Ou alors c’est moi qui rêve encore, et la lumière de la salle s’apprête à s’éteindre pour virer au cauchemar.
Hum.
Bah, si je dois courir, autant en reprendre un, de café !

31 mars 2026 (Mardi)
Café canapé. Il dénombre ses lombaires, et constate avec satisfaction qu’il en a encore, qu’elles sont nombreuses, et visiblement pas du tout, mais alors pas du tout satisfaites de ma manière de les gérer.
Je prends note de leurs doléances, avec l’air compatissant de celui qui incarne le mot bienveillance, tout en sachant pertinemment que rien jamais ne change.
Je suis un professionnel de la bobologie et des mots placebos.
Bah, il faudra bien que la journée passe.
Et si j’achetais une canne ?
01 avril 2026 (Mercredi)
Café du commerce. Suspendus au plafond, une dizaine d’abat-jours dispense une lumière artificiellement chaude.
De l’autre côté de la baie vitrée, l’avenue parisienne fait ce que les avenues font: elle klaxonne, elle bouchonne, elle circule cahin-caha. Pendant quelques minutes, ce spectacle me fait oublier les raisons de ma présence ici ce matin.
Je me laisse convaincre par le sentiment sirupeux que je n’ai ni obligation ni nécessité. Personne ni ne m’attend ni n’a besoin de moi.
Je dors debout.

02 avril 2026 (Jeudi)
Café petrichor.
Quand il pleut depuis plusieurs jours, l’air prend le parfum de la terre mouillée.
Celui de la terre mouillée, ainsi que celui du goudron, du béton, de l’asphalte, des cigarettes honteuses que l’on fume vite fait sur des petits balcons, des nappes d’hydrocarbures que déposent les pots d’échappements, du parfum bon marché que les gens portent dans le métro, du froid existentiel qui règne en maître sur notre inconscient collectif.
Dieu merci, je n’ai pas la truffe d’un chien 😅
03 avril 2026 (Vendredi)
Café salle d’attente. Il attend que l’on veuille bien de lui, ce qui n’est pas son fort, attendre. Alors il prend sur lui, ce café.
Il attend, ce café.
Il triture son téléphone, il joue avec ses mains, il compte ses doigts.
Mince, 11 !
Le temps passe mais ne passe pas. Je veux dire, il passe objectivement, mais il ne passe pas vraiment. Il glande, il prend de la place, il s’étale.
En somme, il est bien envahissant ce temps qui ne passe pas.
C’est ballot, maintenant on est deux à s’ennuyer.
04 avril 2026 (Samedi)
Café miroir. Sa surface parfaitement plane reflète la lumière, mieux, semble la retourner plus riche, plus dense, comme si le reflet était l’original et non la copie.
Il est des choses dont la simple présence vous agrandit. Parfois ces choses sont des personnes. Mais c’est très rare.
Toujours est-il que ce café semble doté de ce pouvoir.
Mais je soupçonne qu’un objet magique pour quelqu’un ne soit qu’anodin pour un autre.
C’est le grand malentendu.
Nul ne peut voler le trésor de l’autre.
04 avril 2026 - 17h (Samedi)
Café pas café. Je ne bois pas que du café, mais ne le lui dites pas ! Le café ne partage pas, le café est possessif !
Ceci dit, ce n’est pas sa faute. Parfois, on aime bien aussi faire l’objet d’un peu de jalousie. Juste un peu hein.
Peut-être un regard froissé, peut-être une étreinte subite, deux bras qui vous enlacent non pas pour vous câliner mais pour signifier aux autres qu’“il est à moi, pas touche”.
Je suis sûr qu’il y a un mot allemand ou suédois qui désigne ça…

05 avril 2026 (Dimanche)
Café prolégomènes. Il énumère ses incipits, il dénombre ses abatis, il fait l’inventaire de ses métaphores.
Ce n’est pas une opération facile. Il faut de la rigueur et de la concentration. Et la concentration, disons que ce n’est pas son point fort.
L’autre écueil, c’est la liste.
La liste est au réel ce que la carte est au territoire, le risque étant de prendre l’un pour l’autre. La liste est une drogue dure si on se laisse embarquer.
Bref, c’est un café bien aventureux pour un dimanche.