Hope

Hier, maman m’a dit qu’elle a trouvé un nouvel amoureux.

Posté par Haslam Atufal le jeudi 2 avril 2026

No Hope / Alison A Raimes

L’espoir fait vivre. Il parait que l’espoir fait vivre. L’espoir coule dans mes veines, l’espoir remplit mes poumons, l’espoir fait mon ménage, me fait à manger, me borde le soir. L’espoir voit à travers mes yeux, l’espoir parle par ma bouche, l’espoir m’anime soir et matin.

Et pourtant, je n’ai pas pour autant l’impression de vivre.

Peut-être que c’est ça, l’espoir. L’espoir fait vivre, mais c’est juste que du point de vue de l’espoir, vivre n’a pas la même définition que ce que j’en imagine. C’est juste un malentendu. Un immense, et très regrettable malentendu.

Je ne souris plus dans le métro. Les hommes qui vous abordent dans le métro ne vous apportent pas l’espoir. Ce n’est pas l’espoir qui les anime, eux. Eux, ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils ont de l’espoir, mais ils suintent la défaite et la bérézina. Ils ne savent pas quel genre de fille je suis. Ils ne voient pas la fille, ils voient le trou. Un malentendu de plus. Et toujours pas d’espoir en vue.

Aujourd’hui, j’ai entretien de performance. Peu d’espoir de ce côté-là non plus. J’assure, grave. Je suis la meuf qui assure, en toute circonstance. Si tu as un problème, viens me voir ! Sauf si c’est l’espoir que tu recherches. L’espoir, il est sorti de dedans moi. Il refuse de rester dans la paume de ma main. Pas comme ma cheffe. Ma cheffe, elle a besoin de moi, de ma performance, de ma belle gueule enfarinée de performeuse professionnelle. Elle a besoin de moi, pas d’espoir. C’est une perte de temps, cet entretien. Il me désespère, cet entretien. Je mettrai ma robe bleue. Celle qui rend dingues les barjots qui m’abordent dans le métro. Ce sera parfait pour me mettre dans le bon état d’esprit.

Hier, maman m’a dit qu’elle a trouvé un nouvel amoureux. Elle l’a rencontré dans le métro. Sérieux, le métro ! J’ai perdu le décompte depuis que papa est parti. Encore un coup de l’espoir. C’est ça, l’espoir. On fait nimp’ à cause de lui. Je me demande quand est-ce que cela cesse, ce besoin de ressentir quelque chose au fond du gouffre caché entre nos jambes. Elle dit qu’il est gentil, prévenant, cultivé et très charmant. Mais ils l’étaient tous, ses hommes d’avant. Papa aussi, il est gentil, prévenant, cultivé et très charmant. J’hésite à le lui dire, à lui poser la question pour savoir ce que lui a de différent de ceux qui sont venus en elle avant. Mais à quoi bon ? L’espoir rend con.

Putain, elle est ou cette robe ?

L’espoir, c’est ce petit truc en plus qui te fait croire que la journée sera différente de celle de la veille. J’ai compté. Aujourd’hui, c’est le 1358-ième jour pour lequel j’ai l’espoir que cette journée sera différente de celle de la veille. Et tu sais quoi ? Bien sûr que tu sais : elles ne sont jamais différentes, ces journées. Elles se ressemblent toutes, mes journées. Des photocopies de photocopies de photocopies, tellement pourries que l’on distingue à peine ce qu’elles reproduisent. C’est peut-être ça, ce qu’il m’arrive.

Peut-être qu’à chaque fois que tu te couches, c’est une copie de toi qui se lève le matin. La nuit est une photocopieuse, et nos rêves ne sont que l’éclat de lumière de la machine qui éclabousse nos visages. Au bout d’un moment, tu m’étonnes que l’original ne soit plus qu’un lointain souvenir. C’est peut-être ça que l’on appelle vieillir.

Mais il faut pousser l’idée plus loin. C’est peut-être le monde entier qui subit ce process. C’est tout l’univers qui est photocopié chaque nuit ! Tu m’étonnes que ça use ! C’est pour ça que l’espoir n’est plus qu’une vieille chaussette usagée. Cela expliquerait tout, tout y compris le fait que –

Rhaaa, putain, je rentre plus dans cette robe !

Merde.

Merde merde.

Je suis sûre que l’espoir n’enfile pas un pantalon taille 44. L’espoir, c’est du 36, maximum ! L’espoir, ce n’est pas une chargée de com’ qui cherche une robe de pétasse à 7h du matin dans son F2 à Pantin. L’espoir, c’est un mannequin a la peau parfaite qui pose sur un vaporetto à Venise dans la lumière du soleil un après-midi d’été. C’est de la merde, l’espoir ! L’espoir vous baise brutalement, finit par éjaculer sur votre visage, et vous, vous dites merci, et vous en redemandez encore !

Putain.

Bon, futal tailleur, et marre !

L’espoir, c’est espéré trouver une place assise 7h32 porte de Pantin ligne 5. Un homme me dira que je suis jolie, un autre fera genre pas exprès s’il laisse trainer ses mains contre mes fesses. La rame s’arrêtera 15 minutes entre deux stations à cause d’un malaise voyageur. J’arriverai 5 minutes en retard au bureau, mais ça sera ok parce que ma N+1 n’arrivera que 15 minutes après moi. L’espoir a le parfum du café industriel et le design d’un open-space « énergisant » et « propice à l’innovation ».

Ce matin, l’espoir tourne en rond. Je l’emmerde, cet espoir. L’espoir, ça me fait chier.