06 avril 2026 / 12 avril 2026

Posté par Haslam Atufal le mardi 7 avril 2026

07 avril 2026 (Mardi)

Café ombres chinoises.

Il se dit que l’avenir ressemble beaucoup à cette image, que bien malin qui peut prédire ce qui nous attend, et pourtant, on distingue les silhouettes qui se profilent à l’horizon.
C’est un café qui plisse les yeux.

C’est aussi un café qui a les mains plongées dans le cambouis. Ce n’est pas facile de penser quand on est encombré. C’est que penser est un art tactile, il lui faut de l’espace.

Et paradoxalement, se dit le café, l’espace n’est pas qu’une histoire de surface.

2026-04-07

08 avril 2026 (Mercredi)

Café déjà vu. Il est dans l’éternel retour, il chevauche l’ouroboros.

Il se demande si un jour on cesse de remettre son oeuvre sur le métier. J’ai bien une réponse, mais elle ne va pas lui plaire.

Il n’empêche qu’elle n’est pas très agréable, cette sensation que la pièce est déjà écrite, et que nous ne faisons que de la réciter.
Mektoub comme on dit chez moi.

Le café pondère un moment notre condition, puis ajoute « Si seulement nous étions de bons comédiens ! »

09 avril 2026 (Jeudi)

Café étude de marché.

Il élabore des offres, il conçoit des propositions de valeur, il génère des cash flow, il transforme le passif en actif.

C’est le genre de café qui assassine des gens en écoutant les gymnopédies d’Erik Satie avant de commander de nouvelles cartes de visites. Il s’agit donc d’un café parfaitement adapté à son environnement, statistiquement conforme, à defaut d’être sain d’esprit.

En même temps, sain d’esprit, ça existe encore ?

10 avril 2026 (Vendredi)

Café prospectif. Il s’interroge sur la véritable nature des cercles vicieux.

Le cercle vicieux est-il nécessaire et suffisant ? Peut-on être victime de plusieurs cercles vicieux simultanément ? Deux cercles vicieux peuvent-ils s’annuler, ou au contraire se renforcent-ils ? Existe-t-il une perspective, un point de vue, dans lequel le cercle vicieux n’est ni un cercle ni vicieux ?

Bref, on est vendredi, et ce café attend le métro quoi.

11 avril 2026 (Samedi)

Café silence.
Il prend la mesure de la nuit, il écoute le chant du petit matin. Il se sent indécis, et cela ne lui arrive pas souvent.

Son truc, ce n’est pas vraiment de se poser des questions. Clairement, il fait plutôt partie des audacieux, des téméraires, voir des inconséquents que des mesurés, des retenus, ou des réfléchis.

Comment ils font les gens, se demande-t-il, qui ne savent pas prendre une décision sans peser tous les tenants et les aboutissants ?
C’est pénible, l’indécision, non ?

12 avril 2026 (Dimanche)

Café urbain. Dans une heure il ira écouter Patrick Boucheron parler d’Umberto Eco, alors en attendant il profite de la douceur pour observer les passants.

Il en passe des bleus, des verts, des rouges, c’est un spectacle plutôt plaisant pour celui qui ne passe pas.

Umberto aussi aimait regarder les gens. Personne n’aime autant la littérature sans aimer les gens.
Et dieu seul sait qu’ils ont besoin d’être aimé, les gens.
Car s’il est bien une chose en pénurie de nos jours, c’est bien l’amour.

2026-04-12