Oreste / Bouguereau
Rédigé dans l’atelier d’écriture dirigé par Aleth Mantula à Off Campus
Pour arracher un cœur à mains nues
Il faut y aller avec la langue.
Plonger ses doigts profonds
Profonds
Profondément
Dans les méandres de son petit crane
Et
Arracher sa cage thoracique
D’une métaphore ou deux.
Ne peux craindre d’agripper
Une côte qui dépasse
Un trauma qui traine
Une enfance malheureuse
Une mauvaise mère
Un père violent
Et tirer
Tirer fort
Tirer fort.
Prendre appui de son pied droit
Sentir la chair se déchirer
Regarder ses yeux
Rouler dans ses orbites
Et le sang qui gicle
En barbouillant vos bras.
Fouiller ses viscères
Dénouer ses intestins
Ne pas laisser le moindre espace
Le moindre refuge
Le moindre espoir
Au répit.
Lui pisser dessus s’il le faut
Arracher son sexe
Et lui fourrer dans sa bouche
Comme les sorcières autrefois
Offraient aux haruspices le corps
Du violeur
Du menteur
De l’assassin.
Devenir Onryo
Devenir Rrula
Devenir Moires en furies.
Renoncer à soi.
Assouvir cette soif
Que la vengeance n’éteint pas.
Ne verser aucune larme
Aucune !
Aucune !
De toute façon, il n’y en a plus.
Être de glace pure,
Froide
Gelée
Inhumaine
Être Médée
Sacrifiant ses enfants.
Refuser de l’achever
Refuser le repos.
Foutre le feu à sa colère
Mettre du sel dans la plaie
Refuser le pardon
Et le regarder souffrir
Souffrir
Souffrir
Souffrir dans son agonie
Et du regard
Le noyer de sa haine.
Et le corps, le corps
Même froid
Continuer de le dépecer
Lui hurler dessus
Faire en sorte
Que même rendu sur les rives du Styx,
Il vous entende le poursuivre.
Qu’il sache que la mort
Ne l’épargnera pas.
Que vous le poursuivrez toujours
Même au-delà des rives
Dont on ne revient pas.