Martta Garcia
Il existe un moi qui n’a jamais vu la France
Un autre qui n’a jamais vu le Japon,
Un autre encore qui ne quitte jamais Cincinnati
Il existe un moi boulanger, un moi peintre en bâtiment,
Un moi avocat, un autre sans domicile fixe
Un autre encore dealer et proxénète.
Il existe un moi qui ne parle que de moi
Un qui n’en parle jamais
Et au moins un moi muet.
Il existe un moi plus riche, un moi plus pauvre,
Mais pas un moi plus grand, sinon ben
Ce moi là ne serait pas moi.
Il existe un moi qui est une femme
Et elle a trois enfants, comme moi
Car l’univers a des lois immuables.
Il existe probablement un moi fachiste
Un moi sanguinaire, un moi qui juge
Et qui tue quiconque ne lui ressemble pas.
C’est bête à dire mais ce moi là
Aurait probablement aimé assassiner
Le moi que je suis.
Il existe aussi des moi morts
Des dizaines, des milliers,
Emportés par la guerre, la maladie, la fatigue.
Il existe des tas de moi plus intelligents
Plus brillants, plus beaux, plus accomplis
Des tas de moi meilleurs que moi.
Mais ici il n’y a que moi
Et mon imaginaire ne peut pas
Concevoir tous les moi en moi.
Alors je lève mon verre
Aux moi qui ne sont pas survenus
À la mémoire de ceux qui ne furent pas.