04 mai 2026 / 10 mai 2026

Posté par Haslam Atufal le lundi 4 mai 2026

04 mai 2026 (Lundi)

Café d’architecte. Il modèle l’espace, il travail la lumière, il sait que le mur est une opération spatiale dont le principal objet est de manipuler l’esprit.

C’est donc un café prétentieux qui se la raconte un peu, mais accordons lui le bénéfice du doute. Il est vrai que le geste architectural a un impact durable dans le temps.

C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de l’éphémère.
Ce qui ne dure pas est d’autant plus libre de ne pas avoir à durer.

05 mai 2026 (Mardi)

Café émeraude, verdoyant et humide.

Le surgissement de la canopée printanière s’apparente à une explosion de vie. Mon regard se perd dans l’entrelac des branches, dont je constate l’apparente absence de toute timidité lorsque deux espèces différentes luttent pour un bout de ciel.

Ce café en tirerait bien une leçon, mais c’est une sale manie des hommes que d’assigner un sens anthropomorphe aux raisons de la nature. La réalité est plus prosaïque: le rapprochement fait les affaires des écureuils.

05 mai 2026 (Mardi - 16h30)

Au fond de la brasserie, un jeune couple se chamaille, les remontrances fusent. Une maman se précipite aux toilettes avec un gamin, abandonnant aux serveuses ravies un bébé dans une poussette.

Le couple s’embrasse un long moment.

Le poupon aime sourire, alors il conquiert leurs coeurs en un clin d’oeil. Les filles s’attroupent autour du landau, on dirait un conte de fée.

Finalement, la jeune femme s’en va. Il faut croire que le couple a choisi la rupture.

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06 mai 2026 (Mercredi)

Café de contrebande. C’est un café qui circule sous le manteau, loin des regards indiscrets, paiement uniquement en liquide et en petite coupure. Il travaille au black, une simple poignée de mains suffit pour contrat.

Souvent, on croit que c’est l’impôt qui crée la contrebande. Mais ce café pense que ce n’est pas si simple, que le propre de la société est de tisser des liens entre des ressources et des besoins, et que ces liens émergent indépendamment du contexte.

Mais ce café se tait.

07 mai 2026 (Jeudi)

Café carré blanc sur fond blanc. Il échappe au figuratif, il baigne dans l’abstraction, il est plus signe que signifiant.

Il existe toujours la tentation de fuir le sens. Il faut dire que notre attention est sollicitée en permanence, et que cet état nous épuise.

Ce n’est pas l’absurde - l’absurde veut faire sens de ce qui n’en a pas - c’est plutôt l’épochè - la suspension du besoin d’assigner un sens au signe.

Ce café ne cherche donc pas à comprendre.
Aujourd’hui, il va se contenter d’être.

08 mai 2026 (Vendredi)

Café terminus. La radio dans la voiture annonce enthousiaste une promotion à Auchan pour des gambas à 7€49 le kilo.

Elle ignore que moi, les publicités pour les fruits de mer ne font que raviver le souvenir de Joseph Ponthus. Quelque part il y a une usine qui a préparé cette promotion, et la probabilité pour que cette usine ait employé Joseph est tellement élevée qu’il m’apparaît impossible de dissocier son visage de cette offre.

La pub s’achève.
Quelque part quelqu’un mange une de ces gambas.

09 mai 2026 (Samedi)

Café tokusatsu.
Il revêt son armure galactique pour sauver le monde jour après jour sans espoir ni de reconnaissance ni de repos. Comme Kenji Ohba, ce café se bat pour des valeurs désuètes dans une société indifférente au moindre mal.

C’est sur, vu sous cet angle, tout cela apparaît bien vain…

Mais il n’en reste pas moins que ce café reste populaire dans les cours de récréation.
L’armure, sans doute.

Un jour, ce café prendra sa retraite.
Un autre jour peut-être.
Un jour lointain sans doute.

10 mai 2026 (Dimanche)

Café brumeux. Il déambule dans un épais brouillard à la recherche d’un îlot de clarté aussi hypothétique qu’illusoire.

Paradoxalement, se dit ce café perdu, il s’avère qu’une grande part de nos vies est vécue sans savoir où l’on va, ni où l’on est, et peut être même sans savoir qui l’on est.

Il est parfaitement remarquable de noter que la vie pour sa part s’accommode très bien de ne pas savoir ce qu’elle fait.
Ce qui n’est pas notre cas, se dit ce café en mal de GPS.