MC Esher
Dans mon petit univers de poche
(Nous avons tous un univers de poche)
Quelques étoiles brillantes,
Que j’ai pioché à mains nues
Dans le ciel nocturne de mon enfance,
Et que je garde dans des billes de verre.
Deux ou trois polaroïdes instantanés,
Des sourires chaleureux
Sur des visages féminins
Et qui signifient
Toi tu n’es pas comme les autres.
Les éclats de rire de mes enfants
Jouant à je ne sais quoi
Mais dont l’écho justifie tout le reste.
Quelques feuilles arrachées,
Un passage ou deux d’un livre oublié,
Un ver ou deux d’un poème abscons
Et dont les anaphores
Continuent de me hanter.
Une démonstration mathématique
Que j’ai su un jour expliquer
(Mais c’était il y a longtemps !)
Quelques formules magiques
Que ma mère récitait
Lorsque sa main venait
Rafraichir mon front brûlant.
Un ensemble innombrable
De faux pas,
De maladresses,
D’erreurs monumentales
Qui continuent de m’embarrasser.
La force de l’Atlantique,
La chaleur de la Méditerranée,
Le parfum du Pacifique.
Le son cristallin des carillons nippons
Qui tintinnabulent dans le vent,
Et l’appel du Muezzin
Au petit matin du ramadan.
Les marchands ambulants de Casa,
Les tuktuk de Bangkok,
Les tramways de San Francisco,
Les commerces d’Akihabara,
Le sable qui enserre la tombe de mon père
Et la son d’un bouquet de fleurs
Tombant sur le cercueil de ma mère.
Le parfum de tous les cafés
Bons ou mauvais
Que j’ai bu à l’usine
Au bureau
À la gare
En voiture
En avion
À la maternité
Dans la rue
Au café bien sûr.
Quelques convictions brisées
Et des certitudes tordues
Qui ne servent plus à rien
Mais dont on ne parvient pas à se défaire.
Ah si aussi bien sûr,
Une chanson populaire
Grésillante sur la radio à pile
Du pompiste désabusé
D’une aire d’autoroute espagnole
À trois heure du matin.
Et quoi d’autre encore ?
Des listes et des inventaires,
Des listes de listes aussi,
D’autres univers dans d’autres poches
À croire que la poche
Est la raison d’être
De l’univers.