07 septembre 2026 / 13 septembre 2026

... éphémère et volatile

Posté par Haslam Atufal le lundi 7 septembre 2026

07 septembre 2026 (Lundi)

Café un peu trop brun à son goût. Il porte des chemises trop cintrés, il marche au pas de l’oie au son du canon, il colonise l’imaginaire, réécrit le passé, vitupère l’immigration.

Il nous rappelle surtout que l’histoire, c’est aussi ce qui ne passe pas.

C’est donc un café parfaitement approprié pour donner le ton d’un lundi, n’est ce pas ?

Pour la peine, comme on ne va pas renoncer au bien et au beau sous prétexte que ce monde est laid et froid, allons prendre l’air, tant qu’on le peut encore.

08 septembre 2026 (Mardi)

Café alexandrin et envolées lyriques. Il écrit des haikus (mauvais) et des poèmes en prose (car il ne sait pas compter).

Mais ce n’est pas grave. On l’aime quand même, ce café adulescent et romanesque. Il finira bien par rentrer dans le rang, et un jour il sera vieux (trop tard) et chiant (trop tard aussi).
Mais pas aujourd’hui (hum…).

Aujourd’hui, ce chibani a 20 ans, et compte bien en profiter !

Il ne lui reste plus qu’à convaincre son corps. C’est fou ce que c’est chafouin, un corps…

09 septembre 2026 (Mercredi)

Café de saison. Il bruine sans bruiner et les feuilles mortes ne le sont pas encore, mais on sent bien l’automne pointer le bout de son nez. C’est le temps idéal pour regarder passer les passants qui passent moi je dis.

Néanmoins ce café sait qu’il n’a pas vraiment le temps de le regarder passer ce temps, ce qui est bien dommage pense-t-il en son fort intérieur.

On devrait toujours prendre le temps de le perdre, sinon comment prendre conscience qu’il passe, et par conséquent qu’il est précieux ?

2026-09-09-cafe

10 septembre 2026 (Jeudi)

Café phénoménologique. Il s’interroge sur la nature du langage et de la conscience. L’un précède-t-il l’autre, ou vice versa ?

Je l’observe perdre son temps, ce qui l’agace prodigieusement.
Comme il m’accuse d’indifférence, je lui rappelle que l’indifférence est en réalité la principale fonction de la cognition, et que sans elle, en aucune circonstance nous ne pourrions soutenir le flux incessant des sollicitations.

Car rien ne se fait si l’on ne peut oublier que l’on pourrait faire autre chose.

11 septembre 2026 (Vendredi)

Café illuminé.

Il y a tout un monde entre l’illuminé et l’enthousiaste, alors que fondamentalement les deux mots désignent la même chose. Dans une certaine mesure, l’enthousiaste est un illuminé qui sait se retenir, tandis que l’on reproche à l’illuminé de s’être laissé déborder par son enthousiasme.
Alors que seul l’illuminé est authentiquement enthousiaste !

Bah. Si le monde était bien fait, ça se saurait.

Et pour l’heure, ce café baigne dans le soleil plutôt que dans les idées.

2026-09-11-cafe

12 septembre 2026 (Samedi)

Café 8-bits. Comme il se doit de faire l’éducation de ses enfants, il les a trainé au philharmonique de bon matin. La culture, c’est important !

Bon, il n’est pas convaincu que les gosses aient appris grand chose sur l’art délicat de la musique interactive, mais il s’est offert une madeleine de Proust pour pas cher.

Je me demande ce que nous mettrons dans les musées dans 20 ans désormais que le support physique va disparaître.
Mais en même temps, ce monde n’en a plus pour 20 ans, alors…

2026-09-12-cafe

13 septembre 2026 (Dimanche)

Café british. Au Théâtre de Verdure, Prospero a renoncé à sa tempête, Antonio a une énième trahison, et Caliban a sa vengeance.

Tout est presque bien qui finit presque bien.
Et si nous sommes toujours de l’étoffe dont les rêves sont faits, notre petite vie reste encore entourée de sommeil.

Car tandis que le spectacle se produit dans l’enceinte du jardin Shakespeare, une autre forme de comédie - bien plus réelle, bien moins merveilleuse - a lieu dans les bois de Boulogne.
Étrange dissonance…

2026-09-13-cafe