14 septembre 2026 (Lundi)
Café colombien. Il a un accent sud-américain fort charmant et la stature adéquate. Il me ferait presque regretter de ne pas parler un mot d’espagnol.
Parce que oui, je n’y pipe que dalle à la lingua de Cervantes, et je ne connais Borges que traduit.
Du coup, je me serais bien lancé dans l’inventaire de mes insuffisances, mais je soupçonne l’exercice d’être assez contreproductif.
Car contrairement à une idée reçue, quand on peut on veut (et non l’inverse !).
Et c’est fou ce que ce café peut.
15 septembre 2026 (Mardi)
Café indigo. Il dilue ses pigments, il met de l’eau dans son vin.
Il se souvient de Pastoureau qui, parlant d’un tableau de la renaissance, disait du peintre que son bleu n’était pas un bleu mais l’idée du bleu, son vert également, et ainsi de suite.
Elle est peu commune, la poursuite de l’idéal.
À force de la confondre avec la vulgaire performance, ce café se demande si cette passion n’a pas tout simplement disparue.
C’est peut être ainsi que change la nature humaine, en oubliant ce qu’elle fut.
16 septembre 2026 (Mercredi)
Café Latte Matcha. Ce café longe les précipices, il vit sa vie in-extremis, il s’échappe toujours au dernier moment.
Enfin ce soir surtout il prend un cours sur la méritocratie. Car il doit bien admettre que le mérite est une idée qui lui semble aussi étrange que baroque.
Ce café affirme même sans sourciller le moins du monde que personne, absolument personne nulle part jamais n’a ce qu’il mérite, que ce soit en bien ou en mal.
Mais ce café n’est pas buté hein, il est prêt à en discuter 😅

17 septembre 2026 (Jeudi)
Café point du jour. Inutile de lui parler, il fait semblant d’être réveillé mais en réalité il est somnambule.
Il opère en mode automatique, il fonctionne selon ses instructions, il réalise sa tache sans avoir besoin d’y penser.
C’est fou tout ce que l’on peut faire sans avoir le moins du monde besoin d’un quelconque organe cognitif !
La conscience, c’est surfait.
En attendant que son cerveau daigne se réveiller, ce café baigne dans son apesanteur en sachant bien que rien ne dure jamais assez.

18 septembre 2026 (Vendredi)
Café Chinois. Il oscille entre le Yin et le Yang, il maintient son équilibre avec élégance, il est à mi-chemin entre le Wushu et le Tai Chi, enfin si ces sports pouvaient être pratiqué par un homme doté de la grâce de l’hippopotame du désert et de la souplesse d’une barre de fer forgé.
Mais en réalité, ce café a surtout la flemme.
Une bonne grosse et épaisse flemme de fin de semaine, flemme qu’il n’a bien évidemment pas le loisir de satisfaire.
La vie est dont mal faite, épisode 59876.
19 septembre 2026 (Samedi)
Café d’été tardif. En bon post-situationniste, il dérive entre les arrondissements selon la géopoétique des lieux. Il ne sait pas où il va, mais il y va de bon coeur.
En traversant le pont des Arts, il ne peut que constater avec satisfaction que notre appétit pour les rituels superstitieux ne se dément pas, malgré les efforts du mobilier urbain de réfréner notre passion pour la dégradation gratuite.
Combien en ai-je moi-même accroché ?
Oh, un certain nombre.
En vain, comme il se doit bien sûr.

20 septembre 2026 (Dimanche)
Café scolaire. Ce matin, il a révisé les axiomes d’Euclide, il a traduit « Dei boni sunt : pis populis magnas victorias dant », puis il a fini le nez dans le Bescherelle parce que le passé simple est une dinguerie.
Parce que qu’elle est la probabilité de devoir un jour prononcer « vous vous aimâtes » comparée à celle de devoir saisir sa déclaration d’impôts ?
Mais en même temps, n’est ce précisément la beauté du collège que de rappeler aux parents qu’il fut un temps ils surent le passé simple ?
